Si quelques dizaines de grammes de raffinement distillés au compte-gouttes suffisent à créer une dépendance, alors Peter Nitz est un homme à surveiller de près. A 34 ans, cet américain pourrait bien devenir l’un des dealers d’accessoires les plus courus qui soient. Objet de délit : des pochettes et des sacs au luxe presque insolent, 100 % made in Zürich. Arrivé en Suisse 13 ans plus tôt, sans permis de travail, ce fils d’antiquaire écume les marchés aux puces et revend ses trouvailles sur eBay histoire de gagner sa vie. Il a le goût du cuir et du vintage et un sens aigu du commerce ; de quoi ouvrir une boutique en ligne et deux dépôts-vente de luxe, un à Zürich et l’autre Paris, où les sacs Hermès, Vuitton et Gucci transitent par centaines. « C’est à force de toucher que je me suis familiarisé avec les qualités de peaux, de teintes, le grain et la souplesse des écailles.. et que j’ai compris ce qui marche et ce qui plaît moins », explique Peter Nitz, qui décide alors de se lancer dans la création. Il lui manquait le savoir-faire : deux années de cours particuliers donnés par une ancienne employée d’Hermès feront l’affaire, tandis que son exploration tenace des coulisses professionnelles lui permet de se fournir chez les meilleurs peaussiers et de récupérer la boîte à outils – lames, aiguilles, pinces… – indispensable à l’ouverture d’un atelier au mois de décembre 2008.
« J’ai voulu une maison qui redonne un sens au concept d’exclusivité » explique Peter Nitz, dont les trésors poids plumes en croco, lézard ou autruche sortent au rythme d’un ou deux par semaine. Ni plus ni moins. Les prototypes naissent en 2 semaine. Les pochettes bleu lagon, blond tabac, vernis noir ou brun cognac doublées de peaux de chèvres ou d’agneau exigent deux à trois journées de travail chacune. Deux lignes sont lancées : les « Masterpieces », pièces uniques ornées d’un bouton de manchette ancien Van Cleef & Arpels pavé de saphirs, d’une libellule es ateliers Fabergé ou d’un insecte victorien serti de diamants taille rose, posé parfois sur un ruban de soie, et la ligne « Atelier », plus raisonnable – à défaut d’être vraiment accessible.
Les prix de 8000 à 24 000 dollars feraient presque passer le kilo de caviar pour un produit de grande consommation. Sans compter la possibilité de créations entièrement sur mesure, sacs de jour ou de voyage pour homme ou pour femme, et l’obsession de Peter Nitz pour le crocodile naturel, summum absolu an matière de peaux exotiques. envoûtées par cette démesure tout sauf tapageuse, les clientes d’un « certain milieu, plutôt voyageuses, cosmopoltes et habituées au grand luxe » n’ont pas tardé à se manifester auprès d’un Peter Nitz s’imaginant même, un jour, faire plaisir à Madonna (une broche en forme de M, entièrement sertie de diamants, a d’ailleurs été mise de côté). C’est pour ces femmes qu’il a imaginé des boites-écrins faites à la main, dont la poignée est cousue dans le même cuir que celui de l’accessoire qu’elle contiennent. Un détail esthétique doublé d’une intention pratique, pensé pour celles qui rafleraient plusieurs pièces à la fois. Une manière de mettre la main, d’un coup d’un seul, sur la pochette désirée. Un petit désir tant convoité…


